Le 6 février 2026, la Cramif, en partenariat avec l’AP-HP, a réuni plus de 200 acteurs du secteur hospitalier à l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP pour une journée consacrée à la prévention des risques chimiques en milieu de soins.
Bonjour à toutes, bonjour à tous. Merci beaucoup de votre présence aujourd'hui à ce grand colloque consacré aux risques chimiques en milieu de soins. Et il est organisé par la caisse d'assurance maladie d'Île-de-France. La Cramif en partenariat avec AP-HP. Alors le risque chimique tel qu'il se présente aujourd'hui est un risque qu'on pourrait peut-être qualifier de pernicieux.
Des effets qui sont évidemment néfastes sur la santé pour ce risque chimique, mais des effets qui sont souvent mal connus ou qui ne se voient pas tous ou qui apparaissent à long terme. C'est le cas du Meopa, donc un gaz à base de protoxyde d'azote utilisé dans l'anesthésie des enfants, notamment. C'est le cas du nettoyage à base de détergent désinfectant.
C'est le cas du formaldéhyde, très utile quand il s'agit de conserver des pièces anatomiques. Et puis c'est le cas des Cytotoxiques qui sont utilisés dans les chimiothérapies contre les cancers. On a une bonne nouvelle, c'est que sur tous ces sujets, il existe des solutions, solutions techniques et solutions organisationnelles.
Il faut parfois apprendre le bon geste à travers des formations. Mais ces solutions nécessitent souvent d'aller au charbon. Il va falloir convaincre et il va falloir convaincre certains responsables de l'intérêt, de l'importance, de l'utilité, de la nécessité de la chose. Et puis aussi, parfois, il va falloir aussi débourser quelques euros.
Voilà.
Donc on aura quatre tables rondes autour de ces quatre sujets, avec notamment des témoignages de personnes dans les services qui mettent en œuvre les nouvelles solutions, qui vont nous dire comment. Comment ça se passe, tout simplement. On va parler de réglementation, on va parler de recommandations, on va même aller du côté de l'Europe pour voir comment les réglementations s'organisent et se mettent en place.
Tout ça au cours de notre grande journée. Et tout de suite, Je vous propose de commencer avec les introductions et avec bien sûr l'ingénieur-conseil Régional de la Cramif. Monsieur Vincent Briotet. Mesdames, Messieurs, chers collègues et chers partenaires, bonjour à toutes et tous. C'est avec un grand plaisir que j'ouvre aujourd'hui cette journée au nom de la Cramif dédiée à la prévention du risque chimique dans le secteur des hôpitaux et cliniques.
Nous sommes particulièrement heureux d’être accueillis dans ce lieu emblématique de l'hôpital européen Georges-Pompidou, qui est un établissement de référence au sein de l'AP-HP. Nous avons étroitement collaboré pour construire cette journée avec l'AP-HP et je tiens vraiment à remercier chaleureusement les équipes de l'hôpital pour leur accueil, leur disponibilité et leur soutien.
Si nous nous réunissons aujourd'hui, c'est parce que la question du risque chimique dans les établissements de santé est à la fois un enjeu de santé au travail, de qualité de soins, de sécurité des patients, mais aussi un enjeu d'organisation et de performance globale du système hospitalier. Le secteur hospitalier en Île-de-France est particulièrement dense et complexe, avec près de 300 établissements sanitaires, publics, privés non lucratifs et privés lucratifs. Plus de 150 000 professionnels et une très grande diversité de métiers, de situations de travail et de technologies.
La région concentre une activité médicale intense, innovante et souvent à la pointe. C'est cette richesse qui en fait un territoire remarquable, mais aussi un territoire où les enjeux de prévention sont nombreux. Dans ce contexte, la maîtrise du risque chimique représente un défi majeur car dans les hôpitaux, la présence de produits chimiques n'est pas une exception.
C'est une réalité quotidienne. Elle concerne les blocs opératoires, les laboratoires, les services de stérilisation, les services de pharmacie hospitalière, les équipes de nettoyage, les services de soins, la maintenance et bien d'autres secteurs encore. Ce risque est souvent connu, mais parfois sous-estimé et touche une très grande variété de professionnels comme les médecins, les infirmiers, les aides-soignants, les brancardiers, les ASH, les préparateurs.
Les personnels de laboratoire. Les ingénieurs, les agents de maintenance, etc. Tous peuvent être exposés de manière directe ou indirecte. Faire de la prévention, ce n'est pas simplement appliquer des normes ou cocher des cases réglementaires, c'est investir dans la santé des professionnels, améliorer la qualité du travail, renforcer la sécurité des soins, réduire l'absentéisme, prévenir l'usure professionnelle et in fine, contribuer à un système de santé plus stable et plus résilient.
Aujourd'hui, le risque chimique évolue. L'évolution des pratiques de soins, l'introduction de nouveaux produits, l'amélioration des protocoles, les innovations technologiques imposent de repenser en permanence nos organisations et nos démarches de prévention. Et cette journée est précisément l'occasion de le faire collectivement.
Nous avons choisi d'organiser ce colloque sous forme de tables rondes et ce n'est pas un hasard, parce que la prévention ne se décrète pas. Elle se construit ensemble. Elle s'enrichit du dialogue, de l'expérience du terrain, des retours d'usages, des connaissances scientifiques et des expertises croisées.
Nous voulons que cette journée soit un lieu d'échanges, de discussions et de constructions collectives. Nous avons également souhaité donner une grande place aux témoignages, témoignages de professionnels de santé, de responsables de services, d'experts, de préventeurs qui partageront leurs pratiques, leurs difficultés, leurs solutions, leurs innovations.
Ce sont eux qui donneront toute sa valeur à cette journée, parce que ce sont eux qui vivent au quotidien les réalités que nous abordons. Vous aurez également, vous, public, toute votre place. Nous vous invitons à poser des questions, à réagir, à partager vos propres expériences. La richesse de cette journée dépendra directement de la dynamique que nous construirons ensemble.
Alors, comme ça a déjà été évoqué, je vais rappeler les quatre thématiques qui vont être abordées aujourd'hui, qui illustrent parfaitement la diversité des situations de risque chimique dans les établissements de santé. La première concerne le Meopa : mélange équimolaire d'oxygène et de protoxyde d'azote.
Ce gaz anesthésique largement utilisé en médecine de ville, dans les services d'urgence, en pédiatrie ou encore en otologie, présente un risque d'exposition pour les professionnels lorsqu'il est mal maîtrisé. Nous verrons comment les établissements s'organisent, quels sont les risques connus, quels dispositifs de sécurisation existent et quelles innovations peuvent aider à réduire les expositions.
Puis nous aborderons les opérations de nettoyage, qu'il s'agisse du nettoyage par microfibres, du nettoyage vapeur ou du bio-nettoyage Cette thématique nous permettra d'aborder la réduction de l'usage des produits chimiques, les alternatives existantes, les bénéfices pour la santé des professionnels, mais aussi les impacts sur la qualité et l'organisation du travail.
Car la prévention du risque chimique, c'est aussi penser autrement les modes opératoires et parfois remettre en question nos habitudes. La troisième thématique portera sur le formaldéhyde, substance largement utilisée pour la fixation des tissus en anatomopathologie, mais dont la dangerosité est maintenant clairement documentée, cancérogène avérée.
Il représente un enjeu majeur d'aménagement des locaux, de mise en place de protections collectives, de formations des équipes et d'accompagnement du changement. Enfin, nous terminerons par les cytotoxiques utilisés dans la prise en charge des cancers, mais également manipulés dans de nombreuses étapes depuis la pharmacie jusqu'au lit du patient.
Leurs risques sont multiples : cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction et les enjeux de prévention sont considérables. Équipements, organisation, qualité procédures, gestion des déchets, sécurisation des transferts, accompagnement des équipes. Cette journée est donc l'occasion de mettre en lumière des pratiques, de partager des solutions, de confronter les points de vue, mais aussi d'identifier ensemble les leviers d'amélioration pour l'avenir.
À l'heure où les établissements de santé font face à de nombreux défis tensions sur les effectifs, complexité des activités, innovation médicale permanente, exigences accrues en matière d'hygiène et de maîtrise des risques. La prévention doit rester un pilier, un investissement stratégique et un facteur de qualité.
Je veux enfin saluer l'engagement de toutes les personnes qui se sont mobilisées pour construire ce programme, animer des tables rondes, témoigner, accueillir ou organiser cette journée. Tout particulièrement Monsieur Stéphane Da Silva, ingénieur-conseil à la Cramif, qui est le grand ordonnateur de cette journée.
Sans vous, rien de cela ne serait possible. Je nous souhaite à tous une journée riche, constructive, dynamique, où chacun pourra apprendre, partager et repartir avec des idées concrètes pour améliorer la prévention du risque chimique dans les établissements. Merci à toutes et à tous et très belle journée.
Monsieur Briotet, merci beaucoup à vous. Alors la journée est organisée avec Assistance Publique - hôpitaux de Paris et voici l'adjointe à la directrice du département Santé, qualité de vie et conditions de travail : Madame Piérelle Boursaly. Bonjour à tous ! Alors tout d'abord, merci à chacun d'entre vous d'être ici aujourd'hui.
Merci également à l'hôpital Georges - Pompidou de nous accueillir. C'est en effet l'un de nos très beaux sites et on est ravis que cet événement ait pu s'organiser ici. Et merci également bien sûr à la Cramif d'être à l'initiative de cet événement en particulier Stéphanie Da Silva et Marine Quinton. Mais également merci à notre équipe du département santé, qualité de vie et conditions de travail ici représenté avec Laure Tarin, Maÿlis Gardin, Jordan Calvaire notamment, qui ont co-organisé avec la Cramif cet événement et dont c'est le cœur de la mission au quotidien.
Alors à l'APHP, comme dans tous les centres hospitaliers, nous travaillons sur la prévention de l'ensemble des risques professionnels. Les risques physiques et les risques dits psychosociaux. Et les risques chimiques font évidemment partie du cœur de nos préoccupations et de nos actions, du fait de la nature même de nos activités.
Alors, ça concerne l'ensemble des services de soins du fait de l'utilisation de produits de nettoyage, cela a été dit. Notamment, désolé il y aura un peu de redite par rapport à ce qui a été déjà formulé, mais et, et bien sûr aussi les activités de désinfection notamment. Et ça concerne certains secteurs en particulier, en tout cas avec des risques spécifiques, notamment dans les blocs opératoires, les plateaux techniques du fait des actes d'anesthésie, de désinfection des matériaux.
Mais ça concerne également les laboratoires dans le cadre des activités d'analyses. En tout cas, voilà, il y a à la fois un tronc commun et puis des spécificités. Donc cette exposition peut parfois avoir tendance à être banalisée, ce qui peut conduire peut-être à faire oublier parfois un peu la dangerosité réelle de ces substances.
Et donc, en travaillant dans une logique de prévention, c'est déjà bien sûr sensibiliser, à l'ensemble de ces risques. Et puis réfléchir aux actions qu'on peut mettre en place. Donc notre département santé, qualité de vie et conditions de travail, il a pour feuille de route de clarifier les circuits de gestion des risques chimiques de son arrivée sur les sites à son utilisation par les professionnels.
Et il a également pour objectif d'animer un réseau de référents pour partager, développer des bonnes pratiques, ce que vous allez déjà faire aujourd'hui. L'idée étant de partager des pratiques et d'identifier celles qui semblent les plus pertinentes pour pouvoir améliorer les circuits existants. Alors des initiatives existent évidemment déjà sur nos sites hospitaliers, sur les vôtres bien sûr, et on remercie chacun d'entre vous, je crois que tous les intervenants sont au premier rang, pour avoir accepté de venir témoigner aujourd'hui de vos expériences.
Vous êtes médecin du travail, CPRP, cadre de santé, directeur scientifique, pharmacien, etc. Donc on voulait vous remercier de vous être déplacés et d'accepter du coup de partager vos expériences. On espère qu'elles pourront être inspirantes à l'ensemble des participants et on est convaincu que le croisement des regards, comme ça a déjà été dit, permettra de mieux appréhender la complexité de ces risques et du coup, les actions à mettre en place pour autant que possible, développer des actions très opérationnelles qui permettent d'aller plus loin et de continuer sur cette voie.
Merci et très bonne journée à tous.
La Cramif a mis en place une feuille de route sur les risques chimiques et pour nous la présenter, voici L’ingénieur-conseil du laboratoire de toxicologie industrielle de la Cramif. Donc Madame Aude Bogey. Donc bonjour à toutes et tous. La prévention du risque chimique a toujours été une préoccupation du service prévention des risques professionnels de la Cramif.
En effet, dès 1946, un laboratoire de chimie était déjà intégré au service prévention afin de réaliser, entre autres, les analyses de produits. D'ailleurs susceptibles de contenir des hydrocarbures benzéniques, du plomb ou du mercure. Par ailleurs, depuis plus de dix ans, notre service déploie régionalement des actions de prévention du risque chimique coordonnées de la branche, accidents du travail, maladies professionnelles dans des secteurs d'activité aussi variés que les pressings, les garages automobiles ou le BTP.
Il est également primordial de rappeler quelques chiffres. Selon l'enquête Sumer, 7 % des salariés franciliens sont exposés à au moins un produit chimique cancérogène, ce qui représente quand même 370 000 salariés en Île-de-France. Fort de ce constat, la prévention des risques chimiques s'inscrit pleinement dans la feuille de route du service prévention des risques professionnels de la Cramif, au travers notamment du programme Risques Chimiques Pros.
Il s'agit d'un programme en fait, qui vise à accompagner nationalement 5 000 établissements dans leurs démarches de prévention des risques chimiques. Et en Île-de-France il se décline en quatre volets. Donc le premier volet et en fait le plus connu, le plus populaire auprès des établissements, parce qu'il s'agit de déployer des mesures de prévention dans des entreprises appartenant à des secteurs d'activité prioritaires.
Donc, vous avez les ateliers de réparation automobile, les magasins de bricolage et la menuiserie, l'industrie, la mécanique et l'usinage, le BTP, la métallerie, le travail des métaux et également le secteur des soins et analyses. En effet, les laboratoires et les établissements de soins représentent un peu plus de 50 % qui sont accompagnés dans le cadre de ce volet.
Le deuxième volet consiste à faire l'ingénierie de prévention. En fait, il s'agit d'identifier et d'élaborer des mesures techniques et organisationnelles qui permettent de définir des standards de prévention qui pourront être déployés plus largement ultérieurement. Donc, dans ce contexte, nous travaillons plus particulièrement dans trois domaines : le secteur de la thanatopraxie, les blocs opératoires et à ce titre, plus de 30 établissements sont concernés par ce volet et les établissements de soins vétérinaires.
Le troisième volet consiste à mener en fait deux études exploratoires dans des secteurs d'activité que notre service connaît peu ou mal. Ainsi, pour la première étude, il s'agit de réaliser un état des lieux des pratiques existantes, des mesures de prévention mises en œuvre et de caractériser l'exposition des salariés lors du décapage de volets de radiateurs ou de persiennes.
Et également pour la deuxième étude, il s'agit d'investiguer les risques professionnels dans la filière de bio-construction, notamment les expositions professionnelles aux poussières et aux agents biologiques. Enfin, nous avons un quatrième volet qui concerne plus particulièrement l'amiante. Dans ce cadre, il s'agit d'accompagner les donneurs d'ordre lors d'opérations susceptibles d'exposer les salariés qui interviennent en sous-section 4.
Donc cette action se décompose en trois étapes. Une première étape qui vise à former en fait les donneurs d'ordre, une deuxième qui consiste à les accompagner lors des passages de marché, la rédaction de leur cahier des charges et la troisième étape qui consiste également à les accompagner dans le suivi des entreprises intervenant en sous-section 4.
Donc trois établissements de soins sont accompagnés dans ce cadre. Mais mon collègue, du coup, qui s'occupe de la partie amiante, m'a dit qu'il était tout à fait possible à des donneurs d'ordre qui se sentent concernés de solliciter la Cramif sur ce sujet. Et donc, même si vous n'êtes pas concernés, en fait ciblés dans le cadre de ce volet. Ce volet sous-section 4 est complété par une partie sous-section 3 qui concerne le retrait d'amiante.
L'objectif, c'est d'accompagner les entreprises qui font de la sous-section 3 afin de vérifier que leurs moyens de prévention qui sont mis en place permettent de réduire l'empoussièrement aux fibres d'amiante à l'intérieur de la zone de travail, mais également à l'extérieur de la zone de désamiantage.
La mise en œuvre de cette feuille de route, donc prévention des risques chimiques qui s'appuient sur nos différents services, à savoir d'abord nos unités locales, donc là où se trouvent les interlocuteurs privilégiés des établissements quand ils souhaitent contacter la Cramif et mettre en place des démarches de prévention des risques, mais également sur les unités techniques, donc en particulier pour la prévention des risques chimiques, il y en a deux qui sont concernés, donc le laboratoire de toxicologie industrielle qui réalise les prélèvements atmosphériques, mais également le centre de mesure et de contrôle physique qui peut faire aussi des mesures aérauliques.
Nous nous appuyons également sur un autre service formation qui propose tout un panel de formations gratuites et spécifiques à la prévention des risques chimiques. Nous nous appuyons également sur notre médiathèque qui fournit des supports de sensibilisation et d'information. Et puis également, nous nous appuyons sur un dispositif d'incitations financières qui permet de financer sur certaines conditions, certains dispositifs de prévention et en particulier dans le domaine de la prévention des risques chimiques.
En complément, cette feuille de route de la Cramif a également une cohérence avec les actions qui sont menées avec les autres acteurs de la prévention des risques professionnels en Île-de-France. Par exemple, la direction régionale interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (la Drieets), les services de prévention et de santé au travail interentreprises, l'Agence régionale de santé, les Centres régionaux de pathologie professionnelle et environnementale.
Donc, ça se fait au travers de conventions et de programmes comme les CPOM ou le Plan régional de santé au travail. Pour finir, il convient aussi un petit peu à nouveau de contextualiser cette journée. Donc toujours d'après l'enquête Sumer 2017, sur 1,8 million salariés du secteur de la santé en France, 51 % d'entre eux déclarent être exposés à au moins un ou plusieurs agents chimiques, dont certains sont cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques.
Donc, c'est près de la moitié de ces salariés. Et parmi ces salariés, donc, 29 500 déclarent être exposés au formaldéhyde et 83 300 aux cytotoxiques. Voilà fort de ces quelques chiffres pour finir la présentation, je vous souhaite une excellente journée et je vous remercie de votre attention.